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dimanche 31 janvier 2021

31-01-21 Mes vœux pour 2021 : Décideurs du sport, donnez-nous envie d’avoir envie

 Il y a un an j’ai fait un rêve

2020-01-21 ce dont j’avais révé pour l’année 2020

 

Un rêve dans lequel les acteurs du sport avaient construit une vision commune du sport comme un bien commun, un rêve dans lequel les parlementaires avaient validé un budget permettant d’atteindre les engagements pris par le gouvernement 1 du sport sous l’ère Macron : 80 médailles aux JO en 2024 et 3 millions de pratiquants, un rêve dans lequel les collectivités qui n’ont pas souhaité répartir des compétences entre elles, ni désigner de chefs de file, ont mis en place une spécialisation « à la carte » des différents acteurs, un rêve dans lequel à l’école le sport a été déclaré pratique prioritaire jusqu’aux JO, …

La crise sanitaire a transformé mon rêve en cauchemar.

 

Cette année j’ai appris que

 

-        « Le sport ne sera pas prioritaire dans notre société » selon Roxana Maracineanu  L’équipe   du 22 avril 2020

-        Qu’un tweet  était plus efficace qu’une pétition du mouvement sportif. C’est Tony Parker en alertant le président de la république qui a obtenu la réunion des acteurs du sport  à l’Élysée. Réunion qui a débouché sur une enveloppe de 400 M€. Plus efficace que la pétition du mouvement sportif qui lui, n’a jamais été reçu à l’Élysée pour parler gouvernance du sport

-        Que le sport pro n’était pas solidaire sauf le foot qui a retrouvé son unité pour taper sur Média pro. Une unité qui pourrait à nouveau exploser dans les prochains jours au vu des résultats du nouvel appel d’offre de la LFP.

-        Que l’ANS fonctionnait comme une copie conforme du CNDS « Un point n’a visiblement pas été compris. L’agence sous forme de GIP n’a pas pour objectif de distribuer les financements de l’Etat au niveau national et encore moins de reproduire le fonctionnement de l’agence nationale sur le territoire…/… Hors aujourd’hui l’agence reproduit le fonctionnement du CNDS  (Pendant le confinement, retour sur la gouvernance du sport - Épisode 4 : Une mise en œuvre chaotique (seconde partie) )

-        Que les acteurs du sport étaient capables de s’unir pour demander et gérer les moyens … communiqué de presse ANDES     mais pas pour porter une vision commune de la place du sport dans la société (aucun débat sur cette vision commune n’a encore été engagé).

-        Que la nouvelle gouvernance du sport sur les territoires aurait été trés utile pour gérer la crise sanitaire si elle avait été mise en place rapidement c’est à dire il y 2 ans conformément au rapport sur la nouvelle gouvernance du sport. 
19-12-04  Gouvernance du sport sur les territoires : une usine à gaz qui inquiète !         
  
 
20-12-23 Organisation territoriale du sport : un rapport qui ajoute des tuyaux à l’usine à gaz

-        Que le ministère des sports ne pesait pas dans les décisions de crise et qu’il avait toujours un temps de retard

-        Que l’organisation des JO allait être externalisée Les echos 3 décembre 2020   alors que depuis 10 ans on ne cesse de mettre en avant le savoir faire français dans l’organisation des évènements internationaux et l’héritage qui représente ce type d’évènements, …. nous y reviendrons mais nous préférons le choix de la coupe du monde de rugby avec Campus 2023.

-        Que les secondes lignes du sport ont été oubliées et se rebiffent   2020-11-26 La deuxième ligne du sport oubliée : ça chauffe dans les quartiers

-        Que les JO ne faisaient plus rêver les japonais (80 % des Japonais sont pour un report ou une annulation Ouest France)  et toujours pas les partenaires français  (Franc jeux )

-        Que certaines fédérations ont reçu des aides dans le cadre du fonds d’urgence alors qu’elle disposait d’un compte en banque largement fourni !  Le critère réserves financières n’était pas un critère demandé pour toucher une aide ...

-        Qu’il n’y aurait pas de loi sport et société. Les parlementaires LRM ont revu leurs ambitions à la baisse et ne parle plus que d’une loi sport et société mais d’une loi visant à démocratiser le sport en France (Assemblée nationale)

 

Il y a 6 mois j’ai fait un vœu

 

En espérant que parmi 2 scénarios :  celui de l’implosion explosion du modèle sportif français et, celui de la raison, le second s’impose.  2020-05-12 Quel sport en 2030 ? 2 scénarios post Covid 19

 

Tout en étant lucide toutefois « Le scénario implosion/explosion semble le plus vraisemblable à moins que la pandémie agisse comme un révélateur de l’intelligence collective. »  Je lançais alors  « un appel pour la création d’un grand plan de relance concerté entre tous les acteurs du sport »  tout en m’interrogeant « Les acteurs du sport sont -ls capables de se mobiliser pour se réinventer. A eux de choisir leur scénario. «

 

Puis il y a  3 mois j’ai fait un cauchemar

 

2020-11-10 Du déconfinement au reconfinement : les 6 mois qui ont marqué l’explosion du modèle sportif français

 

Les acteurs n’ont pas anticipé la seconde vague de la crise sanitaire et donc ils l’ont subie de plein fouet.

On aurait pu imaginer pendant l’été qu’un travail collectif soit conduit sous l’égide de l’Agence nationale du sport, c’est pour ça qu’elle a été créée ! C’est clairement indiqué dans ses statuts : « un modèle partenarial entre l’Etat, le mouvement sportif, les collectivités territoriales et leurs groupements et les acteurs du monde économique, dans le cadre d’une profonde évolution du modèle sportif français, dans le respect du rôle de chacun ».

Mais non rien. Aucune vision, aucune stratégie, aucune anticipation.

Un ministère des sports à la ramasse, la supplique du mouvement sportifs, le sport pro en quasi burn out, La gouvernance du sport sur les territoires : une usine à gaz sans gaz… … un CNDS territorial bis avec 10 fois moins de moyens qui coûtera 10 fois plus cher

 

Mais ce n’était pas un cauchemar c’était la réalité   « Le sport n’est qu’un mot »

 

 

Aujourd’hui j’angoisse….

 

-        Le ministère des sports est coulé. Son rattachement au ministère de l ‘éducation nationale l’a définitivement relayé aux seconds rôles. Et pourtant j’y ai cru  2020-07-07 Le sport dans l’acte II du quinquennat Macron : un casting de rêve !

-        Le mouvement sportif est en campagne. Chacun compte ses soutiens, les grandes manœuvres sont lancées pour remplacer Denis Masseglia. Mais l’important c’est de conserver son strapontin au banquet des dirigeants du sport français et continuer d’exister dans la prochaine olympiade.

-        Les collectivités sont engluées entre élection à venir, création des conférences régionales, incompréhension sur les conférences des financeurs manque de leadership au niveau national

-        L’ANS compte ses sous et définit critère sur critère pour les distribuer légitimant ainsi son administration...

-        Le secteur privé est à l’arrêt.

-        Les clubs sportifs tendent le dos pour la rentrée prochaine. Une rentrée qui permettra de vérifier si les licenciés sont de vrais adhérents militants qui ne demandent pas une ristourne au titre de la saison 2019 2020 au titre d’une saison avortée. On va pouvoir évaluer jusqu’où les clubs et les fédérations ne sont pas devenus des marchands de sport. On va pouvoir évaluer également ce que les français attendent des organisations sportives et de leur niveau d’adhésion à cette idée du bien commun.

-        Quant à la gouvernance sur les territoires tout reste à construire  Difficile de comprendre pourquoi on est arrivé à une telle complexité si ce n’est d’avoir confondu compétences et financement d’une part, concertation et décision d’autre part.  2020/02/19 [Gouvernance du sport sur le territoire] Deux confusions majeures : compétences et financements, concertation et décision ! Au final l’Etat veut s’occuper de tout sans en avoir les moyens.  De fait les collectivités tout comme le mouvement sportif ne se coalisent que pour demander des crédits à l’État alors que le mouvement sportif a récupéré l’ex part territoriale du CNDS pour construire des politiques fédérales territorialisées en lien avec les territoires…

Aujourd’hui c’est un échec alors que ces structures se voulaient agiles et réactives (ce qui aurait été adapté pour gérer la crise sanitaire) et opérationnelles pour préparer les jeux … on en est loin

 

Mais j’ai entrevu une lueur d’espoirs

 

Des lois sont en cours de vote au parlement que ce soit celle sur l’abandon de la tutelle de l’Etat au profit d’un contrôle (Loi confortant les principes de la république) , ou encore celle sur visant à démocratiser le sport en France  (Assemblée nationale)

Sur la haute performance, les lignes commencent à bouger pour passer d’une logique administrative à une logique de management.

Des avancées aussi sur le sport en entreprise où la pratique ne sera plus considérée comme un avantage en nature, sur le sport santé avec la mobilisation des acteurs sur certains territoires.

 

….  Alors pour 2021  je rêve éveillé: Donnez nous envie d’avoir envie

 

Mesdames messieurs les décideurs donnez nous envie d’avoir envie.   Aujourd’hui on ne peut plus dire c’est la faute de l’autre. L’agence nationale du sport a été créée pour porter une vision, pour donner envie de pratiquer, pour préparer l’avenir.

Plus question aujourd’hui de dire c’est la faute de l’autre (bien souvent de l’Etat) trop facile

L’Etat n’a pas la majorité au sein de l’agence que je sache

Alors prenez vos responsabilités.

Racontez nous l’histoire post Covid au moins jusqu’au JO  paris 2024. Re inventez vous. Reconstruisez le modèle sur les cendres du Covid

 

Vous avez gagné la bataille de la représentativité (au risque de totalement perdre en lisibilité),  vous avez tous une place autour de la table des décideurs. Alors maintenant menez la bataille de la légitimité et faites souffler le vent du de l’intérêt général, du partage, de la solidarité ... Reveillez-vous faites nous réver, les jeux c’est dans 3 ans et demi.

 

Être ensemble c’est fait !   Mais maintenant il faut passer d’un modèle  du être ensemble au modèle du  faire ensemble...sinon c’est faire semblant.

 

Je vous souhaite une belle année 2021.

jeudi 21 janvier 2021

21-01-21 J’avais imaginé d’autres ambitions pour la loi sport et société !

 Et pourtant ça fait longtemps qu’on en parle de cette loi sport et société.

 Annoncée en décembre 2017 par Laura Flessel pour début 2019 « je souhaite présenter début 2019 devant le Parlement un projet de loi « sport et société » visant à encourager la pratique pour tous et partout, tout au long de la vie. Une loi pour le sport du quotidien, le sport plaisir, le sport santé, le sport éthique. Une loi qui parle aux gens. »  puis par Roxana Maracineanu  avec « un projet de loi prévu fin mars 2020 ».

On aurait pu penser que cette loi qui a fait l’objet de multiples réunions avec les parlementaires soit profondément ancrée dans les besoins de la société tout juste ajustée pour prendre en compte la crise sanitaire, une loi travaillée une loi ciselée où chaque article aurait été pesé…

 C’est raté

 La proposition de loi doit être déposée par les députés la REM avant la fin du mois pour pouvoir passer dans une fenêtre parlementaire en mars.

Cette fameuse proposition de loi tant attendue que nous nous sommes procurés en off ( ne cherchez pas elle n’est pas sur le site de l’assemblée) comprend (comme nous l’annoncions la semaine dernière) 11 articles organisés en 3 titres.

«  Le titre I est relatif an développement de la pratique pour le plus grand nombre

L'article 1 propose d'intégrer le sport dans les missions des établissements sociaux et médico-sociaux (ESMS).

L'article 2 vise à faciliter l'accès aux équipements sportifs scolaires actuels et futurs aux utilisateurs extérieurs

L'article 3 vise à proposer aux collectivités territoriales volontaires d'élaborer des plans sportifs locaux, plans qui nourriront les diagnostics territoriaux.

L'article 4 complète les missions de la conférence régionale du sport en ajoutant le sport santé et les savoirs sportifs fondamentaux.

Le titre Il est relatif au renouvellement du cadre de la gouvernante des fédérations

L'article 5 met en place la parité intégrale au sein des instances nationales et déconcentrées des fédérations.

L'article 6 modifie les modalités d'élection de la présidente ou du président ainsi que de son conseil d'administration par les clubs qui la composent.

L'article 7 limite au nombre de 3 les mandats de présidence d’une fédération.

L'article 8 garantit l'honorabilité des acteurs du sport.

Le titre III est relatif au financement du modèle sportif

L'article 9 Inscrit dans la loi la plateforme de lutte contre la manipulation des compétitions sportives

L'article 10 renforce les dispositions visant à lutter contre le streaming illégal

L'article 11 ouvre les sociétés sportives au modèle de l'économie sociale et solidaire »

 

Et pourtant la loi on l’avait écrite (cf page 108 à 118 du rapport gouvernance du sport  https://www.sports.gouv.fr/autres/Gouvernance_Rapport.pdf  ). Une rédaction qui portait une vision, qui prenait en compte tous les débats sur la nouvelle gouvernance sur l’évolution des pratiques, sur l’adaptation du cadre législatif et réglementaires aux formations, …

Si la vision du sport dans la société des députés (La REM)  se résume à ces 11 articles alors oui Mme la ministre avait raison de dire que « le sport ne sera pas prioritaire dans notre société » https://www.lequipe.fr/Tous-sports/Actualites/Roxana-maracineanu-le-sport-ne-sera-pas-prioritaire-dans-notre-societe/1129086  . Que ce soit au gouvernement ou dans la majorité !

Comme si l’Etat souhaitait se dessaisir du sport qui ne serait plus un bien commun et qui deviendrait un bien accessoire voire périphérique.

 

C’est à pleurer. Difficile cependant d’imaginer que ce texte se retrouve à l’agenda parlementaire …

20-12-23 Organisation territoriale du sport : un rapport qui ajoute des tuyaux à l’usine à gaz

 

Le 30 janvier 2020, le Premier ministre confiait à Benjamin Dirx « une mission d’appui à la mise en œuvre de la nouvelle organisation territoriale du sport ». La commande était claire :

- analyser à l’échelle régionale les leviers pour la réussite de la réforme ;
- identifier à partir d’un état des lieux de la gouvernance actuelle dans chaque région la qualité, les niveaux et modalités de fonctionnement des concertations existantes entre les différents acteurs ;
- étudier les bons niveaux de déploiement des conférences des financeurs ;
- repérer les productions réalisées ou en cours de réalisation dans chaque région de nature à faciliter l’élaboration d’un projet sportif territorial.

Le rapport a été remis le 17 décembre dernier à à Roxana Maracineanu. Pour cette mission, qui a été conduite conjointement avec Patrick Doussot, vice-président de l’office du tourisme du Touquet, 55 entretiens ont été menés en 3 mois, prés de 170 personnes auditionnées. Impressionnant. Pour autant la mission ne répond pas aux questions posées par le Premier ministre… Aucune analyse par région malgré des entretiens conduits avec la quasi totalité d’entre elles.  La lecture du rapport laisse perplexe. Il s’articule autour de 3 axes et de 16 propositions (lire en encadré ci-dessous).

On attendait de ce rapport qu’il repère les bonnes pratiques pour, comme le stipulait le courrier du Premier ministre, « mieux connaître les travaux conduits et contribuer ainsi à l’organisation et aux modalités de fonctionnement des conférences régionales du sport et des conférences des financeurs mises en place à l’échelon qui paraîtra pertinent aux acteurs du sport ».

Un rapport qui ajoute de la confusion à la complexité

En effet les rapporteurs proposent d’élargir encore la conférence régionale du sport avec une représentation de l’ensemble des Comités départementaux olympiques et sportifs (CDOS), une association des acteurs économiques et sportifs propres à chaque territoire, une participation étroite des acteurs sportifs non-licenciés et des élus en charge de mission connexe au sport  (transport, tourisme, santé, ...) au sein des conférences régionales du sport (CRS) sans oublier de traiter spécifiquement la thématique formation au sein de la CRS. A noter que des personnes mentionnées sont déjà dans la CRS.

Sans oublier une cellule d’expertise, composée de personnes qualifiées désignées par les différents collèges de la CRS et qui refléterait ainsi la collégialité de la nouvelle gouvernance du sport, pourrait être mise en place au sein de chaque CRS. «  La mission considère qu’il est important qu’un chef de file émerge afin d’acter des décisions prises en CRS et porter des politiques sportives ambitieuses. »

On aurait pu attendre de la mission qu’elle cite des exemples : des chefs de file autour des thématiques du projet sportif par exemple, autour de compétences, rien. La mission ne propose aucune réflexion et manie parfaitement la langue de bois : « S’il existe, ce chef de filat devra être exercé par une personnalité et une institution disposant d’une légitimité reconnue permettant de disposer d’une capacité d'entraînement sans exposer au risque de démotivation des autres partenaires qui se percevraient en second rang. Ainsi, ce chef de filat pourrait revenir à une personne émergeant d’un des quatre collèges, sans distinction. »

Pire elle entretien la confusion entre chef de file et président de la CRS :  « Afin d’incarner un projet sportif territorial, il semble souhaitable que la présidence de la conférence régionale du sport soit assurée par une personnalité qui émergerait après création d’un consensus et qui serait de nature à rassembler, afin de porter les propositions construites collectivement. Tout en soulignant que « l’action des conseils départementaux est tout à fait importante » et qu « il apparaît clairement que le bloc communal est l’échelon porteur de toute politique sportive ».

Des conférences des financeurs par nécessité de projet ! Rien ne change

« Encore davantage que pour les CRS, la mission préconise une plus grande souplesse dans la composition des conférences des financeurs sans la cantonner à une échelle géographique, mais en la rattachant à un projet «  Pour la mission «  c’est donc bien le projet et sa taille qui permettront de réunir les acteurs concernés au sein d’une conférence des financeurs qui lui sera dédiée. » Si on comprend bien, on continue comme aujourd’hui, pour chaque projet on fait le tour de table des financeurs.

Les 16 propositions de la mission menée par Benjamin Dirx et Patrick Doussot :

Axe 1 : Organisation des conférences régionales du sport : Souplesse et adaptabilité au territoire
n°1 Représenter l’ensemble des Comités Départementaux Olympiques et Sportifs (CDOS) au sein des CRS
n°2 Associer acteurs économiques et sportifs propres à chaque territoire
n°3 Associer étroitement les acteurs sportifs non-licenciés au sein des conférences régionales du sport
n°4 Encourager l’émergence d’un chef de file par les CRS pour porter une politique ambitieuse
n°5 Associer le niveau départemental aux travaux de la CRS
n°6 Travailler en commissions thématiques différenciées selon les territoires
Axe 2 : La mise en œuvre de politiques sportives ambitieuses pour les territoires
n°7 Établir un diagnostic précis, une base préalable à toute construction de projet sportif territorial
n°8 Valoriser la thématique de la formation au sein des CRS
n°9 Élargir les CRS aux élus en charge de mission connexe au sport
n°10 Instituer une « commission d’expertise » de la conférence régionale du sport, composée d’experts désignés par ses différents collèges (collectivités territoriales, État, mouvement sportif, acteurs économiques)
n°11 Créer un outil informatique collaboratif à disposition des collectivités territoriales et des pratiquants
 n°12 Assurer l’articulation des projets sportifs fédéraux avec le projet sportif territorial de chaque région
n°13 Assurer une large publicité des travaux de chaque conférence régionale du sport
Axe 3 : Conférences des financeurs du sport et financement territorialisé de la politique
sportive
n°14 Attendre le bon fonctionnement de la conférence régionale du sport pour la mise en place éventuelle des conférences des financeurs
n°15 Mise en place de conférences des financeurs du sport par nécessité de projet
n°16 Décentraliser au niveau des CRS l’ensemble de la part territoriale des crédits de l’agence
 

mardi 22 décembre 2020

2020-11-26 La deuxième ligne du sport oubliée : ça chauffe dans les quartiers

 

Dans une tribune intitulée Le sport des quartiers « au bord du gouffre » reprise par un grand nombre de titres de la presse régionale, plus de 80 sportifs, présidents d’associations et de fédérations, élus maires ou adjoints réclament un « Grenelle de l’éducation et de l’inclusion par le sport » et la création d’un fonds de 50 millions d’euros qui doit garantir la « survie des associations impliquées dans les quartiers ».

Repris également ce week-end par l’équipe « Le SOS des associations sportives de quartier en grande difficulté économique » ,  la tribune dénonce  « la suppression de plusieurs dizaines de milliers d’emplois aidés initiée depuis 2017 » qui « a cassé les dynamiques déjà très fragiles portées par des milliers d’acteurs sur le terrain ».

Oubliés dans les 400 millions d’euros

«  Nous sommes au bord du gouffre »,  «  peu reconnus par les acteurs institutionnels - à l’exception notable des maires qui sont nos interlocuteurs privilégiés sur le terrain, et jamais associés aux prises de décision nous concernant au premier plan ». Ces deuxièmes lignes du sport, ces éducateurs sportifs qui œuvrent dans les territoires difficiles sont des boussoles, des piliers. Ils sont les accompagnateurs d’une jeunesse en manque d’espoir, mais aussi les formateurs de nos plus grands sportifs.
Les signataires constatent que « la rencontre du monde du sport qui annonce 400 millions d’euros cette semaine ne cible pas les territoires les plus en difficulté de notre pays ! Nous souhaiterions être écoutés dans le cadre du plan de relance ».

Et la ministre d’allumer tout de suite un contre feu avec un tweet publié (21/11 18 h 25) quelques heures après l’article dans l’Equipe dans lequel elle annonce plus « 75 M€ qui ont permis de soutenir les acteurs socio-sportifs au plus prés du terrain ». Et quelques minutes plus tard, le fidèle lieutenant, directeur de l’Agence du sport dans un tweet (21/11 18 h 48 ) de préciser que « les quartiers en politique de la ville (QPV) est une priorité : 1800 emplois d’éducateurs (15 M€), 40 M€ pour soutenir les associations sportives de terrain en QPV et 20 M€ dans la rénovation des équipements ».  Bataille de chiffres à venir d’autant que les signataires réclament immédiatement 50 M€ « pour assurer la survie des associations sportives dans les quartiers. »

Les JO en ligne de mire

« Dans le cadre de l’héritage des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024, il avait été annoncé la création de milliers d’emplois pour les jeunes, mais à ce jour aucun projet concret n’est pourtant mis en route ! » poursuive les signataires.
Pire des manifestations anti JO commencent à s’organiser. Une trentaine de collectifs citoyens de Seine-Saint-Denis ont manifesté mardi après-midi pour protester contre plusieurs projets immobiliers prévus dans le département pour les Jeux olympiques de 2024. 

-> A lire : La mobilisation anti-JO 2024 descend dans la rue (sur le site de Libération)
 

Comment effectivement imaginer réussir les jeux sans les quartiers ? Mais plus globalement sans une politique d’éducation par le sport ? Là encore, quel est le cap ? Quelle est la vision ? Quel est le projet ?

Lancement du Grenelle de l’éducation et de l’inclusion par le sport à Garges-Lès-Gonesse

Pour y répondre, le maire de Garges-Lès-Gonesse a proposé l’organisation du Grenelle de l’éducation et de l’inclusion par le sport, le 1er février prochain dans sa ville, suite à la réunion consacrée à la situation dans les quartiers à Matignon le 23 novembre dernier, lors de laquelle le Premier ministre a reçu neuf maires. « J’ai alerté le Premier Ministre sur l’état de nos clubs, qui ont un rôle majeur d’accompagnement pour nos jeunes et, plus largement, d’orientation des publics. Ces clubs sont aujourd’hui au bord du gouffre et souffrent de difficultés majeures pour obtenir des soutiens financiers. J’ai donc proposé que ma ville, Garges-Lès-Gonesse, accueille le Grenelle de l’éducation et de l’inclusion par le sport. A Garges, comme dans d’autres villes populaires, nous avons choisi de mettre le sport au cœur de notre politique de vivre ensemble, d’insertion et d’éducation pour la jeunesse. Il est crucial de recréer du lien et une relation de confiance avec les acteurs du sport. »

Le Maire de Garges-Lès-Gonesse a appelé l’ensemble des élus locaux, financeurs d’une grande partie du sport, acteurs associatifs, éducateurs sportifs, grands champions français, entreprises, parlementaires, l’ensemble des ministères concernés (Travail, PME, Jeunesse, Sports, Éducation, Politique de la ville, Justice), ainsi que le COJO, à participer à la co-construction de ce Grenelle de l’éducation et de l’insertion par le sport. L’objectif majeur sera de tracer une nouvelle ambition pour le sport dans les quartiers populaires, à la hauteur de l’engagement phénoménal de ces acteurs essentiels qui œuvrent pour nos territoires a-t-il indiqué dans un communiqué.

2020-11-17 Ce que j’attends d’une ministre des Sports : le cas de la natation

 

Madame la ministre déléguée aux Sports est intervenue la semaine dernière dans 2 webinaires sur les piscines.  Elle a invité les acteurs du sport à faire des propositions. C’est l’objet de cette contribution.

S’il est effectivement important que le ministère se préoccupe de la mise en place des protocoles sanitaires dans les piscines, j’en attends plus. Ce que j’attends d’une ministre c’est de porter une vision, de fixer un cap, de définir des grandes orientations politiques.

En matière de natation quelle est votre politique Madame la ministre ?

Il y a bien eu la conférence de consensus sur l’aisance aquatique mais vous en conviendrez ça ne constitue qu’une brique d’une politique publique et surtout un outil opérationnel. Quant au financement par l’Agence « des projets intégrant un bassin d’apprentissage », là encore, c’est un moyen pas une orientation.

Une  politique publique se construit sur 4 niveaux :

  • le niveau politique : relève de la décision des élus et consiste à définir des grandes orientations politiques au regard de valeurs personnelles ou collectives dans un contexte déterminé ;
  • le niveau stratégique : c’est la définition des programmes d’actions par rapport aux objectifs stratégiques. C’est le niveau d’identification des enjeux (la mise en relation des plans d’actions par rapport aux orientations – en gris dans le schéma). Les objectifs proches constituent une orientation politique ;
  • le niveau tactique : consiste à définir le mode de gestion le plus pertinent, les outils à mettre en place ;
  • le niveau opérationnel : le niveau des actions à réaliser, des outils à mettre en œuvre.

Tout ce que je lis aujourd’hui relève du niveau opérationnel ou au mieux du niveau tactique…

Pour être concret, car bien sûr tout ceci nécessite un travail plus approfondi à partir d’un diagnostic partagé plus précis que le nôtre et surtout une démarche concertée avec les acteurs du sport, voici ce que pourrait être une politique publique du savoir nager en France.

A propos du diagnostic le constat est le suivant :

  • il n’existe aucune statistique sur le savoir nager en France. Pire on ne connaît pas le nombre d’enfants qui bénéficient d’un enseignement et pas plus, pour ceux qui en bénéficient, le nombre de séances ;
  • on ne connaît pas les raisons pour lesquelles certains enfants n’apprennent pas à nager à l’école. Déficit de m2 de plan d’eau, problème de transport, motivation des enseignants, déficit d’encadrement….  Au sujet de l’offre en m2 de plan d’eau on rappellera que selon un rapport de l’IG de 2014, il y avait 1600000 m2 de plan d’eau en France. Si on considère que la moitié de cette offre est couverte, on est à 800 000 m2 de plan d’eau. Sachant qu’il y a 4,2 millions d’élèves à l’école élémentaire, un rapide calcul montre que pour réaliser 2 cycles de 10 à 11 séances il faut 246 000 m2 de plan d’eau et 4 cycles 481 000 m2 de plan d’eau soit pratiquement la moitié de l’offre. Moralité il serait temps de mener un véritable diagnostic d’autant plus que, selon le même rapport, le CNDS a consacré sur 8 ans 126 M€ aux piscines sans aucune évaluation de l’impact sur le savoir nager !  Une politique qui coûte selon nos calculs 1 milliard par an à la collectivité publique dans son ensemble.

Revenons à ce que pourrait être une politique publique du savoir nager !

4 orientations politiques :

1 - Rendre les activités aquatiques accessibles à tous,

2 - Prévenir les noyades,

3 - Apprendre à nager, 

4 - Soutenir le développement des activités pour la santé.

 

11 objectifs :

  • prévenir les noyades,
  • apprendre à nager,
  • favoriser la pratique physique,
  • faciliter le maillage du territoire,
  • clarifier le savoir nager du « être à l’aise dans l’eau »,
  • rendre plus efficace et plus efficient l’apprentissage de la natation,
  • faciliter l’encadrement des séances d’activités,
  • être plus efficaces dans les  apprentissages en matière de savoir nager,
  • être plus efficace dans la prévention des noyades,
  • mieux cibler les efforts collectifs,
  • sensibiliser aux effets bénéfiques de la natation.

 

4 programmes d’actions :

  • Soutien à la construction de bassins de natation,
  • Modification de la réglementation et des formations,
  • Réorganisation de l’apprentissage de la natation et renouvellement  des méthodes d’enseignement (didactique et pédagogie),
  • Mise en place de dispositifs d’observation et d’outils de communication.

 

 

10 plans d’actions

Chaque programme comprend plusieurs plans d’action :

  • Soutien à la construction de bassin de natation :
    • 1 – définition d’une politique de soutien à la construction d’équipements sportifs dans le cadre de l’agence nationale du sport  (Etat, CT, FFN, délégataires) ;
    • 2 - innovation avec la création d’une nouvelle génération de bassin de proximité faible profondeur ;

 

  • Modification de la réglementation et des formations :
    • 3 - redéfinition des objectifs du savoir nager et création d’un test « je suis à l’aise dans l’eau » ;
    • 4 - simplification du cadre réglementaire de la surveillance et de l’encadrement des activités aquatiques ;
    • 5 – évolution du dispositif de formation / certification ;
    • 6 - Simplification de la procédure POSS ;

 

  • Réorganisation de l’apprentissage de la natation et renouvellement  des méthodes d’enseignement (didactique et pédagogie) :
    • 7 - Mise en place d’une nouvelle organisation à l’école  en faveur du  savoir nager et du « je suis à l’aise dans l’eau » ;
    • 8 - Diffusion d’une méthode pédagogique simple et efficace ;

 

  • Mise en place de dispositifs d’observation et d’outils de communication :
    • 9 - Mise en place d’une campagne de communication ;
    • 10 – création d’un baromètre national.

 

Pour illustrer la déclinaison d’un plan d’action prenons le plan d’action numéro 1. Il va de soit que la politique de soutien à la construction d’équipements sportifs doit être traitée au niveau de l’Agence nationale du sport, mais c’est aussi le cas pour la plupart des plans d’actions.

Comme le précise le préambule des statuts de l’Agence « chaque membre s’engage à mobiliser, en faveur de ce projet commun et d’intérêt général, sa capacité d’influence et d’intervention pour entraîner ses adhérents et ses réseaux dans la mise en œuvre de ce nouveau modèle. »

Considérons que l’apprentissage de la natation est une politique publique et que « cette action s’inscrit dans le cadre de la stratégie définie par l'Etat dans une convention d'objectifs conclue entre l'Agence et l'Etat. » comme le prévoit l’article 3 des statuts de l’Agence.

Chaque acteur en débat au sein de ses instances pour savoir comment se positionner et mobiliser son réseau au service de cette politique.

Au final on pourrait avoir cette configuration dans laquelle l’Agence finance les bassins d’apprentissage, les régions se mobilisent pour les financements des équipements structurants (les bassins de compétition),  les départements financent le fonctionnement des lignes d’eau avec un financement des collèges à la ligne d’eau voire, dans certains cas, le financement de l’investissement.  Le bloc communal assurera le financement complémentaire et  maîtrise d’ouvrage des piscines. Quant aux privés, certains d’ailleurs sont prêts à franchir le pas pour construire des bassins d’apprentissage privés, sous réserve d’un achat de créneaux par les collectivités locales pour les scolaires.

Voilà ce qui devrait figurer dans une délibération de l’Agence qui fonctionne comme un GIP. Sur les territoires ce dispositif serait bien évidemment débattu au sein des conférences régionales, les modalités de financement seraient arrêtées par les financeurs. La répartition des interventions entre les différents niveaux servirait la mise œuvre non redondante d’une politique publique de la natation.

On pourrait décliner ainsi tous les plans d’actions. Mais est-ce bien nécessaire ?

Cette politique publique permettrait d’initier le mouvement de ce que vous appelez de vos vœux avec l’ANS pour une nouvelle gouvernance, sur un projet qui rassemble, qui pourrait être évalué chaque année, sur lequel il serait simple de communiquer et qui marquerait votre passage au ministère.

Voilà Madame la ministre ce qu’on attend de vous et pas uniquement sur la natation. Fixer le cap, donner du sens.

2020-11-10 Du déconfinement au reconfinement : les 6 mois qui ont marqué l’explosion du modèle sportif français

 

Il y a 6 mois jour pour jour,  je publiais un édito Quel sport en 2030 2 scénarios post covid-19 ?  Le scénario de l’implosion-explosion et celui de la raison

J’écrivais « c’est la capacité des acteurs à s’organiser pendant cette période cruciale qui déterminera les scénarios de sortie de crise ». 6 mois après, le constat est terrible.  Les acteurs n’ont pas anticipé la seconde vague de la crise sanitaire et donc ils la subissent de plein fouet.

On aurait pu imaginer pendant l’été qu’un travail collectif soit conduit sous l’égide de l’Agence nationale du sport, c’est pour ça qu’elle a été créée ! C’est clairement indiqué dans ses statuts : « un modèle partenarial entre l’Etat, le mouvement sportif, les collectivités territoriales et leurs groupements et les acteurs du monde économique, dans le cadre d’une profonde évolution du modèle sportif français, dans le respect du rôle de chacun ».

Mais non rien. Aucune vision, aucune stratégie, aucune anticipation.

Un ministère des Sports à la ramasse

Côté ministère des Sports, on  ne reviendra pas sur les multiples couacs liés à la publication des guides inapplicables pour la pratique post confinement, sur des annonces de la Ministre contredites le lendemain par le Premier ministre...  On ne peut que constater un manque d’anticipation qu’il s’agisse de la préparation du déconfinement ou de celle du reconfinement.

« Le sport n’est pas la priorité du gouvernement »,  avait annoncé la ministre des Sports dès la mi-avril. Prémonitoire !

Cet avis était  partagé par les Français puisque 58 % d’entre eux souhaitent que le sport garde la même place dans la société post covid.  Seuls 14 % souhaitent que le sport ait une place plus importante, 28 % qu’elle le soit moins.

-> A lire : Un sondage qui plante le plan de relance dans le sport ?

On a compris que le ministère des Sports n’avait pas la main. Qu’il s’agisse de peser sur la pratique sportive ou les finances, c’est Bercy et le ministère de la Santé qui tiennent les rênes.

La crise sanitaire n’a certes  pas favorisée le positionnement de la Ministre, mais on pouvait imaginer un Ministère qui se projette, qui donne envie et propose de l’espoir et pas uniquement à travers les JO. Hélas nous restons au stade des nécessaires aménagements à la crise, de la gestion du quotidien et encore, bref dans l’opérationnel. Quid d’une vision stratégique pour après ? Quid d’une réflexion sur des scénarios comme nous essayons de le faire ? Quid du débat ? Nous craignons que le Ministère se contente d’un rôle de super-technicien : un peu juste pour faire face aux éléments et tenter de les dominer... un jour.

La supplique du mouvement sportif

Face à ce manque de considération, un appel aux dons a lancé avec l’opération « Soutiens ton club ». Appel aux dons relayé il faut le signaler par l’ensemble des acteurs du sport (ministère des Sports, Fondation du Sport Français, Comité National Olympique et Sportif Français, Comité Paralympique et Sportif Français, Agence Nationale du sport et les associations représentant les collectivités locales (AMF, ANDES, Association de départements de France, région de France, France urbaine).

On avait indiqué à l’époque que « le montant des dons sera certainement un bon indicateur du poids des clubs sportifs dans le cœur des Français ».  Le résultat est là : une mobilisation très faible avec seulement 1 million de dons au bout de 6 mois. Une opération qui rappelle celle de la pétition du mouvement sportif pour peser sur le budget du sport #leSportCompte qui avait fait un flop. Un boulet que le mouvement sportif traîne depuis le début de mandat.

« Désemparé »  le mouvement sportif en a appelé au président Macron et a lancé un SOS le 26 octobre : rien ne va plus pour le mouvement sportif. Et pour appuyer sa démonstration il  a mis en place une enquête nationale pour évaluer les conséquences liées à la crise sanitaire, que ce soit sur les licences, l'activité régulière ou les ressources des clubs.

-> A lire : Pour convaincre Bercy, le CNOSF lance une enquête auprès des clubs

Les clubs ou les fédés en danger ?

Etait-il plus judicieux de commencer par l’enquête pour en tirer les conséquences et ensuite en appeler au président de la République ? Nous le pensons. D’autant plus qu’une étude récente du même comité olympique, le modèle économique des clubs sportifs fédérés, démontrait que la moitié des clubs étaient en difficulté avant le covid et que seulement 12 % étaient des clubs employeurs. Difficile dans ce contexte de convaincre Bercy, d’autant plus que les clubs bénéficient des mesures de droit commun. Nous pensons que les fédérations sont plus en danger que les clubs. En effet, grâce au bénévolat les clubs se montreront résilients. Plus compliqué pour les fédérations avec un niveau de charges fixes important…

Le sport pro en quasi burn-out

En permettant aux clubs pros de poursuivre le championnat en jouant à huis clos, le gouvernement a-t-il précipité le sport professionnel vers la crise ? C’est paradoxal mais c’est la réalité. D’ailleurs ce choix a-t-il était concerté et étudié ? Impossible pour le foot de se mettre à la faute vis-à-vis de Médiapro. La messe était dite ! Show must go on...

La réalité c’est qu’en permettant la continuité du sport professionnel, le Ministère prive les clubs d’un éventuel chômage partiel. En l’absence de recettes liées au matchs, cette situation est intenable pour certaines disciplines celles les moins subventionnées et les moins  concernées par les droits TV : le basket et le rubgy en particulier. C’est dans ce contexte que le gouvernement a demandé l’autorisation à la Commission européenne de créer un fonds d’aide au sport professionnel pour atténuer les conséquences du huis clos.

Mais ces 6 mois ont exacerbé toutes les tensions possibles et imaginables. Tensions entre les dirigeants des clubs de foot par rapport aux calendriers. Seul le retrait annoncé de Médiapro leur a permis de trouver un bouc émissaire commun. Tensions entre la ligue nationale de rugby et la fédération qui ont eu carrément recours à l’avis du Conseil d’Etat. Incapacité pour les disciplines de sport de salles de porter  un message commun.

La gouvernance du sport sur les territoires : une usine à gaz sans gaz…

Quant aux collectivités territoriales, leur cohésion a explosé dès la remise du rapport  « Gouvernance du sport ». Incapable de tenir une position commune, souhaitant que chaque niveau de collectivités territoriales ait une place d’honneur au sein de la conférence régionale du sport et au sein de la conférence des financeurs, leurs représentants ont passé plus de temps à discuter de la représentation de chaque niveau de collectivités plutôt que du rôle des conférences. Les expérimentations annoncées n’ont jamais été conduites, la mission Dirx Dussot très critique n’a pas remis son rapport au premier ministre qui a lui même présidé à cette usine à gaz en tant qu’ancien président de l’agence.

Résultat personne ne sait comment va fonctionner cette gouvernance.

… un CNDS territorial bis avec 10 fois moins de moyens qui coûtera 10 fois plus cher 

« Ces conférences seront donc à minima les ex-commissions du CNDS en format néanmoins rénové avec toutes les strates de collectivités, les représentants du monde économique et avec pour ambition de lier un diagnostic de fond sur les besoins de développement du sport dans le territoire avec la répartition des crédits territorialisés de l’Agence » déclare Frédéric Sanaur dans une interview à paraître dans le prochain dossier d’Acteurs du Sport.

Et voilà ! On y est. Tout ça pour ça ! Quand on sait qu’il est envisagé une conférence des financeurs par département, on mesure le coût de cette usine à gaz alors que contrairement au CNDS, les fédérations ont mis la main sur les subventions aux clubs qui étaient avant distribuées par les commissions territoriales du CNDS. Un comble.

Le combat du secteur privé

Pas épargné par la crise, le secteur privé du sport a tenté de convaincre. Et pourtant, tous les protocoles ont été respectés, aucun cluster n’a été  déclaré dans les salles de sport.  Une tribune dans le JDD signée par Zidane, Diagana, n’y a rien fait.  Alors qu’un consensus est clair sur le fait que l’activité physique permet de développer l’immunité. En vain.

« Le sport n’est qu’un mot »

Durant les 6 mois « Chaque acteur a joué sa propre partition » (première phrase pour décrire le scénario de l’implosion-explosion). Mais sincèrement, je ne pensais pas que ça irait aussi vite. Finalement la révolution annoncée par L Flessel a laissé place à l’implosion du modèle sportif français. Peut-on parler encore d’un modèle ? Non. Comme le disait Pierre Bourdieu à propos de la jeunesse[1],  ces 6 mois ont démontré « Le sport n’est qu’un mot »

Les acteurs du sport peuvent-ils se rassembler en vue de 2024 pour pouvoir encore croire dans un modèle sportif, porter une vision commune faire du sport un bien commun ? (cf le rapport sur la gouvernance du sport). Ce sera l’objet de notre prochain édito.



[1] Entretien avec Anne-Marie Métailié paru dans Les jeunes et le premier emploi, Association des Âges, 1978